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La reconnaissance ouverte et l’école

Une autre école est possible

La reconnaissance ouverte et l’école

Aujourd’hui, je me suis levée de bonne heure.

Je suis tombée sur ce post de Catherine Dumonteil Kremer :

« Apprendre à faire du vélo comme on apprend à l’école. La première année, nous apprendrons le nom des différentes parties du vélo : les chapitres seront le cadre, les roues, les freins. La deuxième année… les exceptions (pneu sans chambres à air, boyaux avec chambres, vélos à trois roues, à une roue…) En troisième année, pour joindre la théorie à la pratique, nous aurons des TP où vous pourrez voir un vélo sur un trépied et même faire tourner une roue à la main et freiner. Une attention particulière portera sur l’orthographe des parties et sur la présentation de votre compte-rendu de TP. En quatrième année, nous commencerons l’histoire du vélo et du cyclisme. Les différents tours, de France, de Suisse avec les étapes et les vainqueurs… Si après cela les élèves ne savent pas faire du vélo, c’est parce qu’on n’a pas pu… finir le programme. Ou alors les bases ont manqué par manque de travail personnel. Ce n’est pas grave, on reprendra cela au cycle après avoir étudié la notion d’équilibre en physique. »

Trouvé sur le blog d’André Giordan professeur à l’université de Genève. Je sais bien que parfois à l’école il y a des enseignants qui donnent aux enfants la possibilité d’enfourcher leur vélo et de faire un tout autre parcours, mais combien sont les enfants (et adultes ) à ne pas pouvoir le faire ! Tous sur nos vélos! « 

Merci pour ce texte, que je ne connaissais pas et qui résume assez bien mes réflexions du moment, notamment concernant ce qu’on appelle « les apprentissages informels « . Ils peinent à trouver leur place à l’école, alors qu’a minima ils nourrissent la construction de certaines compétences du socle, ou simplement les aspirations de chacun…

Par exemple, fabriquer du pain peut être une aventure où on apprend la patience et la rigueur d’élever un levain, le sentiment gratifiant de voir lever la pâte et de comprendre ce qui s’y passe, et surtout le plaisir de partager, ce qui ne fait pas la base de la société, mais de la relation.

Le vélo, quant à lui, transmet la joie de se sentir en liberté, d’agir et de diriger son mouvement augmenté par la machine. Cette joie irréfléchie, informelle, est un apprentissage puissant, un apprentissage de notre puissance. Qui ne trouvera pas de place dans un livret de compétences.

Les apprentissages informels adviennent sans qu’on les programme, ils sont invisibles et tissent à l’intérieur de nous comme le cœur de notre appétit d’apprendre.

En tant que pédagogue, je m’interroge sur la place que l’on pourrait leur faire sans les dénaturer, les instrumentaliser, sans les institutionnaliser. J’utilise le terme à dessein, car c’est une obsession des formateurs, cette phase un peu ennuyeuse, qui consiste à faire dire et à formaliser ce qu’on a appris en faisant telle ou telle chose.

Les badges numériques m’intéressent car ils visent la reconnaissance de ces apprentissages informels, toute la subtilité étant de les rendre visibles pour soi et pour les autres, et peut-être plus conscients, sans passer par la moulinette analytique qui est souvent si éloignée de l’apprentissage qu’elle rend l’acte d’apprendre lui-même rébarbatif. ( Il faut mesurer la distance entre le plaisir d’avoir su tirer sa flèche sur la cible et le fait de devoir expliquer les règles de sécurité ou la complexité du geste…)

Les programmes et surtout le socle commun essaient de créer une progression dont la finalité est un apprentissage profond, riche, et procurant du plaisir. Mais souvent la réalité est toute autre…

La reconnaissance ouverte, grâce aux badges numériques à l’école, en nous décollant des textes, peut être un chemin vers plus de sens, à condition qu’on n’essaie pas de soumettre les apprentissages informels à la norme scolaire. Tout au plus pourrions-nous relier certains d’entre eux à certaines compétences du socle, amener les enfants à considérer le socle comme un déjà-là en devenir, qu’ils doivent nourrir pour grandir par des activités, succès ou échecs, essais multipliés, qu’ils pourraient choisir de montrer ou non.

Les badges devraient être revendiqués, désirés, à la fois proposés ( badge « fabriquer du pain » avec ses critères) et à créer par les enfants (je pense que je mérite un badge « baby sitter » car je m’occupe de mon petit neveu tous les mercredis après-midi et que je sais faire ci ou ça…)

Pour le prof, ce serait la porte ouverte qu’il pourrait aider à pousser : est-ce qu’on garde partout les enfants pareil? Est-ce qu’on a toujours fait garder ses enfants comme aujourd’hui ?… En tant que prof de Français (ce que j’apprends à ne plus être), j’étais fortement frustrée de rester devant cette porte entrouverte, car j’étais coincée dans mon programme, mon temps alloué…

L’École d’Après, que je construis, expérimente les badges dans ce but et dans cet esprit. Les portes doivent être ouvertes par les enfants. Les murs peuvent bien tomber.

On peut apprendre dans tous les sens et à toute heure et n’importe où. Les adultes apprennent aussi et sont tout aussi insatiables que les enfants. Les autres ouvrent des portes pour nos propres apprentissages.

Les badges numériques pourraient documenter nos parcours, on pourrait mettre en évidence notre dernier chemin tracé ( montrer par exemple tout de que l’on a appris en participant à plusieurs journées dans la nature…), mais on pourrait aussi décider de cacher certains apprentissages qui pour nous n’ont plus forcément d’intérêt. ( Aujourd’hui, je me souviens de ce qu’apprendre le vélo m’a fait, et cet apprentissage m’a aidée à écrire cet article, mais hier, je ne l’aurais peut-être pas fait figurer dans mes badges…?)

Voilà ce que j’aurais aimé dire à la table ronde EPIC2020.

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